300 F Clément Serveau

« Cérès et Mercure »

Tout comme le 5000 F Flameng, le 300 F Clément Serveau ou « Cérès et Mercure » est un billet emblématique et mystérieux. Souvent fleuron d’une collection, il reste mal connu, nous vous présentons ici un petit morceau de son histoire.

Aquarelle originale de Clément Serveau, dessin de 8,5 par 13,6 cm sur canson fort de 17 par 25 cm).

Épreuve du recto, 2ième type (29,5 x 15,1 cm)

Épreuve du recto 3ième type

Sur ces épreuves, le flambeau a disparu et le visage de Cérès est moins arrondi, il marque plus la sagesse et est moins juvénile. A droite, la frise est remplacée par un ruban où les initiales ”B“ et ”F“ s’entrelacent sur fond brun puis blanc. La valeur littérale ”Dix Francs“ et le texte ”Banque de France“ ont permutés, la valeur en chiffre passe du bas en haut du billet. Apparition de la numérotation sur le troisième type.

Épreuves finales du 10 F, dimensions 8,8 par 13,8 cm

Le billet de 10 F restera au stade du projet, bien que repris régulièrement pour être adapté en 50 F, 100 F et 250 F ; certaines informations indiquent que ce projet aurait pu être utilisé par un autre pays tel l’Algérie.

D’après une oeuvre de Clément Serveau, vraisemblablement gravé par Romagnol et / ou Emile Deloche. Ces épreuves du 50 F s’inspirent de l’aquarelle originale, elles sont antérieures aux épreuves du 2ième et 3ième type du 10 F.

Épreuves 1ier type du 10 F, les frises sont celles du type original, le fond bleuté est celui du 50 F.

En 1938, une grave crise diplomatique éclate avec l’Allemagne, le risque d’une guerre provoque un afflux aux guichets, les coupures de 5000 F dites de réserves, Flameng et Victoire type 1934 sont utilisées, la diminution importante des stocks de la Banque de France oblige le Conseil Général a réagir. Devant cette situation exceptionnelle, le conseil Général ordonne la création du billet de 300 F ainsi que celui du 3000 F. Ces 2 valeurs sont choisies pour exprimer le caractère exceptionnel de la situation. L’urgence est telle que l’on ressort des cartons d’anciens projets dont celui du 10 F Cérès et Mercure de Clément Serveau, il est choisi car il ne ressemble à aucun des billets utilisés et entre donc parfaitement dans les critères de la Banque de France : à situation exceptionnelle, billets exceptionnels, le 3000 F sera vert et uniface et le 300 F blanc et reprendra le projet de Serveau.

Epreuves finales du 300 F. Comparativement à l’épreuve finale du 10 F, le libellé ”Caissier Principal“ est remplacé par ”Caissier Général“. Les deux signatures sont disposées horizontalement et non plus verticalement. La signature du Caissier Général est celle de P. Rousseau, celle du Secrétaire Général correspond à R. Favre – Gilly. Les accords de Munich calmeront temporairement les relations entre la France et l’Allemagne. Toutefois, le 300 F est tout de même créé le 6 Octobre 1938, imprimé chez Prieur et Dubois et mis aussitôt en réserve. De même, le 3000 F ne sera jamais fabriquée mais remplacé par une nouvelle version de 5000 F Victoire.

Spécimen du 300 F La numérotation du billet a été ajouté à l’épreuve, celle-ci est modifiée par rapport au spécimen 10 Francs.

Type émis 300 F Correspondant en tous points au spécimen précédent.

Compte tenu de la pénurie de papier, le 300 F est imprimé sur le reliquat de papier du 10 F Minerve type 1915. Le filigrane du 300 F est donc le même que celui de 10 F et représente Mercure de profil.

La seconde Guerre Mondiale s’annonçant, ces coupures furent évacuées et stockées vraisemblablement sur les succursales de Nancy, Epinal et Saint Dizier entre Septembre 1939 et Mai 1940. Plusieurs documents de la Banque de France de 1944 et 1945 font état de prélèvements de l’armée allemande auprès des différentes succursales notamment en coupures de 300 F au titre d’acompte sur les « indemnités d’occupation », c’est René Favre Gilly qui autorisera les envois de fonds pour payer ces « indemnités ». Les Allemands s’apercevront que ce billet n’a pas de valeur légale à l’époque et ils abandonneront les coupures. Au moment de la réforme monétaire, il sera finalement mis en circulation le 3 Juin 1945, pour l’échange de l’ensemble des billets français ayant une valeur supérieure à 50 francs.

Cependant il ne connu pas le succès escompté, ni auprès du public, ni auprès des employés de la Banque de France qui trouvaient la valeur faciale difficile à comptabiliser. Il fût étudié une surcharge de 500 F – le billet n’est connu qu’à 2 exemplaires – mais le projet ne fût finalement pas retenu malgré la pénurie de 500 F de type Bleu et Rose.

Le 300 F sera progressivement retiré de la circulation (entre 1948 et 1950) et privé de cours légal le 1er Janvier 1963. Selon une estimation de la Banque de France, environ 146.000 billets n’auraient pas été remboursés à ses guichets, chiffre qui peut paraître important mais que nous devons pondérer car il ne tient pas compte de ceux détruits, brûlé, mutilés ou simplement jetés. Comparativement aux autres valeurs faciales, le billet de 300 F a même été présenté de manière importante au remboursement ce qui confirme son impopularité auprès des français, contrairement à notre vision actuelle de collectionneurs.

Les billets émis présentent trois dates d’émissions : • 06-10-1938 : impression des lettres A à M, 1 million de billets par lettre numéroté de 1 à 1.000.000. • 24-11-1938 : lettre W de remplacement 852.000 billets émis en remplacement de 852.000 billets fautés dont une partie (17.000) ont été détruits car n’ayant pas servi au remplacement de billets fautés • 09-02-1939 : impression des lettres N à Z comportant également 1 million de billets par alphabet.